• Sémantique pédagogiste

     

    Très bon reportage dans le journal de 20h00 sur TF1, le 20 avril 2015, au sujet du vocabulaire employé dans le document sur la future réforme des programmes du collège.

    Ainsi, les élèves ne seraient pas en sortie scolaire à la piscine, mais en "mobilité collective guidée en milieu aquatique profond standardisé". Ils ne nagent pas, ils "traversent l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête". Quant à apprendre une langue étrangère, ce serait maintenant "aller de soi et de l'ici vers l'autre et l'ailleurs".

    Le reportage se termine par une citation de Boileau, qu'on ne peut que savourer: "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément."

    En revanche, si le reportage est impeccable, je ne peux que critiquer sa présentation sur le site Internet de TF1. Le titre donné au reportage, seulement sur Internet et non pas dans le reportage télévisé lui-même, est le suivant: "Quand la réforme des collèges "se la joue" un peu trop philosophique". Parce ce que ce titre est vraiment stupide, et dit le contraire du reportage. Il n'y a en effet rien de philosophique dans le vocabulaire de la réforme des collèges; la philosophie se trouve, au contraire, du côté de la citation de Boileau; il y a apparemment un employé de TF1 qui emploie des mots qu'il ne comprend pas....

    Comment qualifier le vocabulaire utilisé? Ce n'est pas de la philosophie. Je pense pas non plus qu'on puisse le qualifier de "jargon".

    On peut définir le jargon comme le vocabulaire spécifique utilisé par les gens d'un métier. Par exemple, un civil parlera globalement de "chars", quand un militaire parlera de "chars", de "blindés légers", de véhicules blindés de transport de troupes.

    Autre exemple. Beaucoup de gens demanderont à un mécanicien de changer un "boulon", mais le mécanicien devra probablement changer le boulon ou l'écrou, qui sont deux éléments bien différents pour lui. Le jargon n'est donc pas a priori un problème: chaque métier a besoin d'un vocabulaire et de sigles précis. Le jargon ne devient réellement un problème que quelqu'un utilise un langage de spécialiste pour s'adresser à un non-initié, sans faire l'effort de s'adapter à l'auditoire, ni d'expliquer.

    En revanche, si un mécanicien ne vous parle pas de "boulon", mais de "dispositif de serrage hexagonal adaptable sur vis à filetage uniforme", il ne philosophe pas, il ne jargonne pas, il est juste en train d'essayer de vous embrouiller, pour que vous soyez admiratif devant sa compétence, et que vous signiez un chèque d'un montant plus élevé. Quand un colonel ne parle pas d'un "hélicoptère", mais d'un "aérodyne à voilure tournante", il ne philosophe ni ne jargonne; il veut juste essayer de vous faire croire qu'il est très compétent et que vous êtes trop idiot pour comprendre le haut niveau de réflexion dans lequel il évolue. Ce mécanicien et ce colonel ne sont ni des philosophes, ni des spécialistes très compétents; ce sont juste des escrocs; la technique consiste généralement à remplacer un mot par une série de mots, pour en faire soit une expression plus longue, soit une périphrase. Quand vous rédigez un document avec ces principes, vous en augmentez forcément la longueur, et il devient difficilement compréhensible, ce qui est censé conférer sérieux et autorité à son auteur.

    Le vocabulaire pédagogiste n'est ni de la philosophie, ni du jargon. On pourrait plutôt le qualifier de langage technocratique; ou de "novlangue", pour reprendre l'expression orwellienne; ou juste de bouillie verbale ou de charabia....

     


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