• La guerre du latin

     

    La réforme des collèges en 2016 en France a fait couler beaucoup d'encre et de salive depuis quelques semaines. Y compris d'ailleurs chez certaines personnalités de gauche qui la critiquent vertement. Et heureusement. Car le gouvernement socialiste, qui ne veut pas retirer sa réforme, a quand même commencé à réformer un peu sa réforme.

    Le point de friction principal a été la quasi-disparition programmée du latin. Il semblerait que la motivation de la réforme soit que le ministre de l'éducation nationale, madame Najat Vallaud-Belkacem, trouve son enseignement trop "élitiste".

    Je ne m'attarderai pas ici sur une des ripostes principales des défenseurs du ministre de l'Education: le racisme supposé de ses opposants. C'est le même argument que pour le ministre de la justice, Christiane Taubira. C'est exaspérant, mais tellement ridicule. Toute critique de la politique pénale est censée être raciste et sexiste, parce que Christiane Taubira est une femme noire; toute critique de la promotion de la théorie du genre à l'école ou de la réforme du collège est censée être raciste et sexiste, parce que Najat Vallaud-Belkacem est une femme d'origine marocaine. Argument fallacieux tellement débile, tellement facile et tellement usé, qu'il ne convainc personne, à part peut-être quelques salariés du parti socialiste.

    Je ne m'attarderai pas non plus sur une autre tentative minable de disqualification des opposants à cette réforme. Madame Vallaud-Belkacem ne voulaient pas les prendre au sérieux, car c'était des "pseudo-intellectuels". Ou plus exactement des "pseudo-z'intellectuels", si l'on veut parler comme elle. En gros, s'il l'on est pour le gouvernement, on est un vrai intellectuel certifié; si l'on est contre, on est classé dans les "pseudo-z'intellectuels".

    En fait, le seul argument du ministre a consisté à répéter inlassablement qu'elle remplaçait le latin pour certains par le latin pour tous. Mais une fois qu'on a compris que ce n'est pas vrai, chacune de ses interventions télévisée, pendant lesquelles elle rabâche ce mensonge avec condescendance et mépris, contribue à la décrédibiliser.

    Tout d'abord elle s'insurge contre le fait que seuls 20% des élèves ont aujourd'hui accès à des cours de latin, ce qui est "élitiste" et discriminatoire. Il me semble que si 80% des élèves n'apprennent pas le latin, ce n'est pas à cause d'un complot discriminatoire, visant à empêcher les pauvres et les enfants d'immigrés d'apprendre le latin. C'est d'abord parce qu'eux-mêmes, ou leurs parents, ne le veulent pas, quels qu'en soient les motifs; certains pensent sans doute que le latin ne sert à rien, et qu'il vaut mieux apprendre l'anglais ou le chinois; d'autres pensent peut-être qu'il vaut mieux que leur enfant, qui est nul en maths, se concentre sur les matières scientifiques; entre autres exemples. Mais aujourd'hui, quasiment 100% des élèves ont la possibilité d'étudier le latin en option, s'ils le souhaitent.

    Ensuite, il faudrait quand même vérifier que tous les fils de bourgeois et de riches apprennent le latin; et que tous les fils de pauvres et d'ouvriers ne l'apprennent pas. J'en suis un peu moins certain que le ministre.

    Surtout, il semble que le ministre de l'éducation mente quand elle dit qu'il n'y aura pas de baisse dans l'enseignement du latin, et que la réforme consiste à obliger 100% des élèves à suivre ces cours, au lieu du système actuel qui permet à 20% d'entre eux de le choisir en option.

    Il faut souligner que le contenu de la réforme a semblé être modifié en cours de débat. Dans un premier temps, les options latin et grec ont été supprimées, l'enseignement de ces langues devant être effectué dans le cadre des EPI . Quand il est devenu évident que ces EPI étaient une mascarade, le ministre a rétabli la possibilité d'avoir en option un supplément de cours en latin et grec.

    Examinons d'abord ces EPI (Enseignement Pratique Interdisciplinaire).

    Les textes indiquent qu'il y aura 8 EPI. L'un d'eux s'intitule "langues et cultures de l'antiquité". Dans un cursus de collégien, seuls 6 EPI seront proposés. Il est donc mensonger de dire que l'EPI "langues et cultures de l'antiquité" sera systématiquement proposé, et que donc tous les élèves auront cette initiation au latin. Ce sera même plutôt le contraire: il est possible que, contrairement à la situation présente, des familles voulant des cours de latin, ne puissent y avoir accès, parce que leur collège ne mettra pas en place cet EPI. Les propos du ministre indiquant que tous les élèves y auront accès semblent donc mensongers.

    Le contenu de cet EPI n'est pas forcément très clair. Mais ce qu'on comprend, c'est qu'on y fera peut-être de l'Histoire, peut-être du latin, et qu'on découpera des morceaux de carton pour construire des temples romains, pour éviter que les élèves ne s'ennuient. Grande innovation, paraît-il: on apprendra aux élèves les influences du latin et du grec sur le français; et moi qui pensais naïvement que les cours de français comprenaient déjà une petite dose d'étymologie. Dans ce cadre, on croit quand même comprendre qu'il n'est plus question d'apprendre le latin: il s'agit plus d'une initiation que d'un apprentissage. Mais en fait, dans les textes, rien pour l'instant n'indique même que l'initiation au latin ni au grec soit prévu, ni obligatoire dans cet EPI.

    Enfin, les cours de latin désormais remis en option comporteront moins d'heures que les options actuelles; il est donc mensonger aussi de dire que les horaires n'ont pas été diminués, comme le proclame le ministre.

    Le point nettement positif de cette affaire, et un peu inattendu, est la discussion passionnée autour du latin et du grec. L'attachement à la culture classique et à nos racines constitue incontestablement l'espoir que notre pays n'est pas encore complètement moribond.

    Un point passé complètement inaperçu dans ce débat est un argument avancé par la gauche pour justifier la réforme. Le niveau baisse, dit-elle; le collège est inefficace. C'est un argument surprenant, et important, car il constitue un virage à 180 degrés. En effet, jusqu'à cette année, la gauche niait l'échec de l'Education nationale: le niveau montait, tout le monde aurait bientôt le baccalauréat. Ceux qui mettaient en cause cette vision idyllique, expliquant que le nombre de bacheliers n'augmentait que parce qu'on notait les épreuves de manière plus laxiste, que l'école primaire produisait des illettrés, ces gens-là étaient des menteurs réactionnaires.

    Un autre point de débat concerne les programmes d'Histoire, que je n'évoquerai pas aujourd'hui.

     


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